On aura assez vite compris le sens de la présidence Macron. Elle ne diffère pas significativement de celui de ses deux prédécesseurs. Cependant, la célérité et l’ampleur des mesures prises en faveur des plus hauts revenus et des entreprises dominantes (on ne parle pas ici des entrepreneurs ni des PME) nous avertissent qu’il a l’intention de pousser le néolibéralisme à un degré supérieur.

Cela nous renseigne surtout pour la défense, ou plutôt la mise en avant,  de quels intérêts, de quel privilèges, le sieur Macron s’est fait élire. En effet, l’urgence sociale ne nécessitait probablement pas une telle ristourne envers les plus favorisés. Par contre, il faut croire que le retour d’ascenseur ne pouvait pas attendre, ce qui nous amène aux financiers de la campagne et de la pré-campagne de Macron, qui n’en ont certainement pas l’habitude (d’attendre…).

Ce dernier s’est prétendu à de nombreuses reprises indépendant de toute influence ou de tout groupe de pression, a répété qu’il n’était redevable à personne. Le « story-telling » l’a même fait expliquer qu’il avait choisi de réaliser une pige dans le monde des affaires, oui mais des banques d’affaires – à savoir Rotschild & Cie, afin de se donner les moyens financiers de cette indépendance politique. Il souhaitait, a-t-il affirmé, s’éviter les magouillages d’appareils politiciens et les compromissions avec d’éventuels sponsors. N’ayant rien de particulier contre ceux ayant la chance de devenir riches, je ne le blâmerais personnellement pas pour cet objectif d’autonomie politique, ayant même tendance à le trouver justifié. De même, j’ai tendance à penser que chacun peut faire ce qu’il veut de légal avec son argent, et même que personne n’a à le savoir, tant que cela ne devient pas un argument politico-moral. Or, comme nous allons le voir, le problème réside dans le fait que Mr Macron a menti.

Tout d’abord, son parcours dans l’entourage de Hollande, montre qu’il a bénéficié des circonstances. Secrétaire Général adjoint de l’Élysée, il démissionne pour mener d’autres projets professionnels (accompagné par d’utiles « parrains ») qu’il abandonnera à peine parti pour se voir parachuter au ministère des finances à la faveur du swap Ayrault-Valls effectué par Hollande. L’intention était donc de quitter la politique, le pactole obtenu chez Rotschild & Cie, n’avait donc pas de but précis. Mais quid de ce soi-disant pactole ? Et c’est là que le bât blesse.

Aux questions sur ce qu’était devenu ses gras émoluments d’entremetteur d’affaires, Macron a tergiversé entre les versions et les refus de répondre avant de s’en tenir à l’option du train de vie : il aurait tout dépensé. Nous partirons du point de vue que ceci est exact, donc que l’argent n’a pas été illégalement placé à l’étranger ou transformé en or planqué dans la villa de sa femme au Touquet – ce qui serait pour le coup légal mais rendrait ses déclarations d’avoir tout dépensé mensongères. D’une part, ça n’est pas très bon comme image, ni pour un ex-ministre des finances, ni pour un futur président de la république d’avoir été un flambeur – flambeur un jour, flambeur toujours : cet homme n’aurait donc aucune compétence de gestionnaire. D’autre part et surtout, et cette conclusion logique n’a à ma connaissance été relevé par aucun média : s’il ne dispose plus de cet argent – et sa déclaration de patrimoine ne le mentionne en effet pas – son alibi de soi-disant indépendance financière et politicienne s’effondre. Et il a donc menti.

Si Monsieur Macron a menti, il n’est plus indépendant. On est donc en droit de s’interroger sur le financement de ses campagnes et l’identité de donateurs de premier ordre. Devant son refus de le faire, nous constatons vers qui sont allées les premières mesures de son quinquennat. On sait désormais que redevable, Monsieur Macron ne l’est que de son carnet d’adresses et du retour sur investissement de celui-ci, et, « en même temps », qu’il ment. Du reste la récente affaire Macron/Benalla a confirmé cet usage sur un autre plan.

Menteur. Redevable. Deux raisons de ne pouvoir lui faire confiance.

 

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Une même médaille

17 juillet 2018

« Dès sa campagne, la plupart des médias se sont montrés plein de complaisance avec Emmanuel Macron.  Ils l’ont servi, il s’en servira. », écrivais-je pour expliquer le rôle des éditocrates dans l’entre deux tours.  Cette collusion a continué au moment de la venue de Donald Trump en France pour le 14 juillet 2017 sur le ton d’évidence « d’on ne peut pas faire plus différents l’un de l’autre », les éditocrates transformant Trump en faire-valoir de Macron.

Vouloir faire passer Trump pour le hochet de Macron signifierait qu’ils défendent des orientations politiques différentes et que l’un pourrait rallier l’autre à ses vues à l’insu de son plein gré. La réalité se révèle pourtant toute autre et j’avais fait par de cela à plusieurs interlocuteurs à l’époque – juillet 2017 donc – généralement des sympathisants EM ! qui ne l’envisageaient évidemment pas ainsi, trop subjugués par leur champion : Trump et Macron constituent les deux faces de la même médaille. Celle des écoliers du capitalisme vandale.

Trump, c’est le petit caïd de la cours d’école. Ni fin ni discret, il bouscule et maltraite son monde. Si vous connaissez la bande dessinée, c’est le Moe de Calvin et Hobbes : une brute épaisse sans foi ni loi qui rackette à coups de poings.

Macron, c’est le premier de la classe mais faux-cul, le fayot qui fait ses coups en douce. Il harcèle sournoisement, via messagerie ou réseaux, ou il le fait faire – son équipe réseaux est bien rodée même au détriment d’un adolescent (« ça va Manu ? »).

Chacun dans son style, ils sont en fait complémentaires. L’écart entre Trump et Macron ne consiste en réalité pas en une différence de nature de leurs objectifs, il ne s’agit que d’une question de degrés. Leurs méthodes diffèrent, leurs fins convergent, le capitalisme de marché avec ou sans protectionnisme.

Trump assène ses décisions, ou n’importe quoi d’autre, par tweets. Transformant le gazouillis en râle viril d’homme blanc, du moins le croit-il, il s’économise le babillage ou les séances de fausse écoute. Il a raison puisque c’est lui le plus fort. Son pragmatisme, c’est d’imposer ce qu’il veut.

Macron n’aime pas tant convaincre, comme il le prétend, que dérouler son argumentaire. Il recycle ainsi, ou revit, ce qu’il a appris : passer des oraux à l’ENA. S’il écoute, il n’entend que lui et se convainc qu’il a raison puisqu’il a si bien disserté. Il imposera donc son idée originelle, tel l’idéologue qui s’invente pragmatique.

Les deux font la paire.

Quant à imaginer que Macron puisse influencer Trump… Peut-on penser un instant que quelqu’un qui négocie à coups de hache se laissera convaincre par un rhéteur de salons feutrés avec macarons Ladurée ? Cela tiendrait pour le dernier de la mégalomanie. Une autre ressemblance.

Entre mégalos, ils s’entendront.

Le barrage masqué

24 juin 2018

Dès sa campagne, la plupart des médias se sont montrés plein de complaisance avec Emmanuel Macron.  Ils l’ont servi, il s’en servira. Cela s’est vérifié immédiatement lors de l’entre deux tours où tous les éditocrates ont joué les épouvantails contre son adversaire d’une part, mais aussi contre ceux qui refusaient de se rallier à lui d’autre part.

Les appels à « faire barrage au FN » étant ressassés comme une évidence par les sympathisants d’EM! – je ne parle pas même des fervents soutiens ou des militants récitant ce mantra – j’ai émis face à certains l’idée d’un vote Lepen pour faire barrage à Macron et son néolibéralisme euro-béat masqué. Il m’a indifféremment été rétorqué que Nadine Morano avait lancé un tel appel ou que les programmes FN et France Insoumise avaient plus en communs que ceux de FI et d’EM! Aïe ! Ces personnes n’avaient rien compris à la signification de la démarche.

D’un côté, Morano n’avait pas besoin de Macron pour appeler à voter FN tant ses idées s’inscrivent facilement dans celles de ce parti. D’un autre, rapprocher FI et FN par leur prétendus extrémismes qui se rejoindraient a été un des travaux de sape auxquels s’étaient  attelés pendant la campagne les éditocrates susmentionnés. L’automatisme n’a donc rien d’étonnant de la part d’électeurs de Macron, bien que cela n’aie aucun sens sur le fond. Le programme FN contenait toute une partie de leurres sociaux, ce qui n’en faisait pas une réalité pour qui savait lire.

Ce qui dérangeait EM! dans le programme FN n’était que sa partie anti-marchés libres. Les masques sont du reste tombés grâce aux récentes élections italiennes : Macron a salué le geste anti-constitutionnel et anti-démocratique du président italien refusant la nomination d’un ministre anti-euro à l’économie et tentant de nommer dans la foulée un premier ministre conforme aux attentes de l’UE. Le fait qu’un ministre xénophobe ait été installé à l’intérieur n’a pas soulevé d’indignation, celui de tenter de nommer un premier ministre non issu d’élections démocratiques non plus. Nous aurons l’occasion de revenir sur cet illibéralisme, le vrai, pas celui dont on accuse d’autres pour se prétendre « libéraux » et, partant, « démocrates »… « Les marchés apprendront aux italiens à bien voter » a déclaré en substance un responsable politique européen allemand pour l’illustrer.

Un vote Lepen anti-Macron en 2107 ne signifiait donc pour notre part nulle fusion d’idées avec le FN (alors qu’on lui en trouvera avec EM!) mais empêcher l’un, qui une fois élu aurait une majorité à l’assemblée pour faire appliquer son programme néolibéral et antisocial, d’accéder au pouvoir pour faire élire l’autre, qui n’aurait pas de majorité pour mettre en œuvre une politique antisociale autrement et xénophobe. Cela aurait même renforcée la possibilité pour FI, seul vrai barrage actuel au FN ou à EM!, de s’approcher d’une majorité au nombre des députés.

Trop subtil sans doute pour les manichéens du « barrage au FN » d’opérette. En conséquence, de quel côté se trouvent aujourd’hui la politique EM! de répression des mouvements de contestations ou de non accueil des réfugiés ?

Merci au pseudo-barrage, bas les masques…

 

 

 

Pyramide

1 juin 2018

L’homme sort apparemment de nulle part, descend quelques marches, tourne à sa droite et longe un mur. Il porte un costume. L’attitude est rigide, manifestement pas celle de quelqu’un à l’aise. Le faciès qu’il se compose ne semble ni naturel ni assuré. Il se demande. Mais il marche. Il aurait pu prendre un gyropode, peut-être à guidon pour s’occuper les mains et se donner une contenance, afin de coller à l’image moderne dont il se targue. Il l’aurait empiété en bas des escaliers et roule… mais non, il marche en jetant des coups d’œil mal assurés ici ou là. Que chercher-t-il à voir ? A-t-il besoin d’être guidé, rassuré ? Il tourne à sa gauche, on ne l’y reprendra plus d’aussitôt, mais pour longer un autre mur. Un non sens déjà. De façon logique, rationnelle, pragmatique et même naturelle, tel qu’il se prétend, il aurait dû emprunter l’hypoténuse du triangle, chemin le plus court pour aller du point D au point A. Il a préféré raser les murs.

Une marche. La référence à Mitterrand se révèle assez patente. Sauf que de se rendre au Panthéon avec une rose avait une signification. Alors que là. Partir de nulle part pour aller grimper sur une tribune quelques dizaines de mètres plus loin parce qu’on a installé des gradins en face… Encore un non sens. Une marche pour rien et sans prestance. N’en dispose pas qui veut. Au lieu de la 9° symphonie déjà jouée en 1981, Walk like an egyptian aurait mieux illustrée cette ballade le long des murs. Copier, imiter, plagier. Une indication pour la suite.

Déjà, cela avait donc mal commencé. Mais après ça, rebelote. Le gars s’est fait une remontée des champs en estafette militaire. Que nous joue-t-il cette fois ? La libération de Paris ? De Gaulle ? A-t-il des références de victoires militaires ? Devant qui vient-il parader ? Au nom de quoi ? Ça sent surtout l’appel du pied à l’armée. Prêt à assurer mes arrières les gars ? On ne sait jamais, ça pourrait chauffer. De beaux discours et des promesses qui auraient pu fonctionner. Cependant ça n’a pas tenu. Le premier de cordée de l’armée éconduit, cette dernière sait désormais à quoi s’en tenir. Ces gens là font fasse à des armes réelles, on ne la leur fait pas deux fois. Le crédit dont vous disposiez est épuisé.

Ce fut un piètre commencement mais déjà très révélateur.

Merci Macron !

1 avril 2017

Nous avons beaucoup entendu qu’En Marche ! transcendait le soi-disant désuet clivage droite-gauche, cela ayant du reste constitué le leitmotiv – voire le pitch, l’aspect communication-marketing étant la principale caractéristique de la bulle EM ! – choisi par/pour son candidat fondateur lors du lancement du mouvement : le dépassement de la logique gauche/droite constituant l’arlésienne de la vie politique française, l’occasion était trop belle pour que le larron Macron n’en profite pas pour se faire bien voir ou bien faire voir.

Or, il se produit tout à fait l’inverse. Des élus LR ont rejoint la marche. Des élus UDI et Modem ont rallié les marchistes. Des élus PS les ont rattrapés non en marchant mais plutôt en courant. De tous les changements de casaques, ces derniers s’avèrent probablement les plus significatifs. En effet, LR, c’est la droite. UDI et Modem constituaient prétendument le centre, or le centre n’a jamais gouverné qu’avec la droite, ce centre est donc de droite. Enfin, le P « S » qui rampe ventre à terre vers Macron est celui qui a soutenu le mensonge Hollande durant tout le quinquennat. Celui qui se soumet au néo-libéralisme. Il s’agit en somme du PS de droite.

On pouvait se demander « En Marche ! », certes, mais vers où, vers quoi ? Nous le savons aujourd’hui, Macron ayant aussi depuis quelques temps abandonné les faux-semblants sur ses options économiques. « En Marche ! » vers la droite. « EM ! » aura donc enfin permis aux membres de droite du P « S » d’effectuer leur coming-out, ce qui permet désormais de placer la ligne de démarcation économico (sécuritaire également) clairement, ce qu’empêchait visiblement, notamment dans les médias, la présence de deux tendances « irréconciliables » au sein d’un même parti.

Cette ligne détermine quel camp prône le néo-libéralisme et le TINA, la droite, et quel camp prône la mise en œuvre d’options économiques alternatives, la gauche.

Ainsi, voilà comment se répartissent désormais les principaux partis ou mouvements politiques :

A l’extrême droite : le FN (quoique pour des considérations hors politique économique).

A droite : LR, UDI, Modem, EM ! et le P « S » de droite.

Au centre : le PS de gauche, EELV.

A gauche : France Insoumise, PC

Extrême gauche : LO, NPA

L’apparition hors de sa boite du diablotin Macron, dont nous verrons dès demain si le ressort continue de le pousser vers la lumière ou s’il lui fait réintégrer sa cache, aura donc enfin permis de clarifier le positionnement politique de chacun. Elle permettra aussi à l’avenir d’appeler à nouveau chaque tendance par leur nom, car le P « S » n’avait plus assez de socialisme ni de gauche en lui pour mériter l’appellation « socialiste », nous allons voir comment ses courants vont tenter de s’octroyer sa dépouille.