Une même médaille

17 août 2017

« Dès sa campagne, la plupart des médias se sont montrés pleins de complaisance avec Macron. Ils l’ont servi, il s’en servira, » prophétisions-nous pour caractériser le rôle des éditocrates dans l’entre-deux tours. Cette collusion s’est encore illustrée au moment de la venue de Donald Trump en France sur le ton de « on ne peut pas faire plus différents l’un de l’autre, » les godimedias[1] transformant Trump en faire-valoir de Macron.

Vouloir faire passer le président états-unien pour le hochet de ce dernier signifierait qu’ils défendent des orientations politiques distinctes et que l’un pourrait rallier l’autre à ses vues à l’insu de son plein gré. La réalité se révèle pourtant bien différente et nous avions fait part de notre thèse à plusieurs interlocuteurs – généralement des sympathisants EM ! – qui ne l’envisageaient évidemment pas ainsi, trop subjugués par leur nouvelle idole : Trump et Macron constituent les deux faces de la même médaille, celle des écoliers néolibéraux.

Trump, c’est le petit caïd. Ni fin ni discret, il bouscule et martyrise son monde. Si vous connaissez la bande dessinée, c’est le Moe de Calvin et Hobbes : une brute épaisse sans foi ni loi qui rackette à coups de poing.

Macron, c’est le premier de la classe mais fayot, du genre Agnan dans Le Petit Nicolas. Un faux cul qui fait ses coups en douce tout en se faisant bien voir par les profs, qu’il méprise néanmoins par-derrière. Il harcèle sournoisement, via messagerie ou texto.

Chacun dans leur style, ils sont complémentaires. En réalité, l’écart entre Trump et Macron ne consiste pas en une différence de nature de leurs objectifs, il ne s’agit que d’une question de degrés. Leurs méthodes différeront, leurs fins convergeront : le capitalisme de marchés financiers.

Trump assène ses décisions, ou n’importe quoi d’autre, par tweets. Transformant le gazouillis en râle viril d’homme blanc, du moins le croit-il. Il s’économise le babillage ou les séances de fausse écoute. Il a raison puisque c’est lui le plus fort. Son pragmatisme, c’est d’imposer ce qu’il veut.

Macron n’aime pas tant convaincre, comme il le prétend, que dérouler son argumentaire. Il recycle ainsi, répète, ou revit, ce qu’il a appris, comme de passer des oraux. S’il écoute, il n’entend que lui et se convainc qu’il a raison puisqu’il a si bien disserté. Il imposera donc son idée originelle, tel l’idéologue qui s’invente pragmatique.

Les moyens diffèrent. Pour une fin similaire. Les deux font la paire.

Quant à imaginer que Macron puisse influencer Trump… Peut-on penser un instant que quelqu’un qui négocie à coups de hache se laissera convaincre par un rhéteur de salons feutrés avec macarons Ladurée ? Cela tiendrait pour le dernier de la mégalomanie. Une autre ressemblance.

Entre mégalos, ils s’entendront. Ou pas.

Ils défendent néanmoins le même ordre social.

[1] Expression venue d’Inde, « Médias assis sur les genoux du pouvoir ».

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