Manu-Gate ou les trois commandements

25 juin 2018

18 juin 2018. Mont Valérien. Commémoration de la résistance.

Où le Président tance un garçon adolescent pour l’avoir interpellé en ces termes : « Ça va Manu ? »

Loin d’être réprimandé, cet adolescent devrait être remercié. En effet, son interpellation humoristique nous a permis de nous apercevoir que Macron, alias « Manu » donc, était affligé d’un autre syndrome assez navrant : le groconnisme.

Celui-ci touche en particulier des personnes qui avant de vieillir physiquement (et oui, si avoir 40 ans est jeune pour un président, ça ne l’est plus pour un homme), n’ont jamais été jeunes mentalement. Quiconque a un semblant de connaissance des relations humaines ou d’expérience des adolescents se rend compte que le propos n’était qu’un trait d’amusement même pas malveillant. Le garçon ne se montre pas non plus bravache, il s’excuse quand il constate l’incapacité de son interlocuteur à s’adapter à son mode de communication, à se mettre à son niveau quelques secondes. Lui y parvient avec brio, assumant l’aplomb dont il a fait preuve lors de l’apostrophe. Il regarde Manu président droit dans les yeux, franc, sans se démonter. Il écoute.

Franchement, cet individu révèle un comportement haut de gamme. Il porte même une chemise et une veste, fût-ce pour l’occasion, allez chercher ça dans les collèges ou les lycées. Il semble la porter sans forfanterie ni embarras. Peut-être cela lui évitera-t-il justement l’obsession du costume. On le lui souhaite. En attendant, de nombreux enseignants en prendraient certainement 30 par classe des comme lui.

Il est néanmoins renvoyé par Manu au protocole d’une part, à leur différence de classe d’autre part, à son infériorité enfin.

Quel âge a-t-il ? Quatorze ans ? Et il est traité avec morgue, mépris. Ceci n’a rien d’anodin chez Manu. Faible avec les forts, voir Trump, fort avec les faibles, « ceux qui ne sont rien » ou incapables de « traverser la rue » pour se trouver un boulot. Deux poids, deux mesures, un classique de L’emmarcherie.

Une des nombreuses manifestations du groconnisme consiste aussi à avoir besoin de déguisements, au sens large, de protocole, et cetera, pour établir une distance protectrice entre soi et les autres. Or, Manu prône ostensiblement le port du costume, méprisant au passage de nombreux métiers non éligibles. En effet, quoi de mieux pour dissimuler son manque de prestance, de personnalité, qu’un deux-pièces cravate ? Le garçon, lui, regardez-le bien, cool mais classe, n’en aura manifestement pas l’utilité, d’un déguisement.

« Et tu apprends à te nourrir toi-même sans baver, torche-cul, » lui assène en somme Manu si on le sous-titre.

L’intervention de cet adolescent éclaire d’autres sorties présidentielles qui montrent que tout cela ne correspond pas à l’effet d’un simple hasard. Nous pouvons par exemple encore le rattacher à la formule « ceux qui ne sont rien », quand Manu exige de son interlocuteur d’être en mesure de s’acheter à manger avant d’être quelqu’un digne de s’adresser à lui. Pourtant la vraie question de l’existence ne réside pas dans la manière dont nous assurons notre subsistance, écrivait en substance Henri-David Thoreau… Et il est sûr que Manu a dû se donner beaucoup de mal pour s’offrir son premier repas dans un restaurant de standing.

On déduit ici les étapes de la vie que ce Manu estime importantes pour un individu. Et combien le chemin tracé est étroit, conformiste. Des diplômes. Un costume. Un travail. Des sous, quoi. Beaucoup.

Au-delà de tout ceci, en remontant à la source, quand on y pense deux secondes, cela se fait-il vraiment pour un président de s’offrir un petit happening de type bain de foule façon star un jour de célébration protocolaire ? D’un moment grave en plus, du sacrifice de vies, pas d’une joyeuse victoire. De multiplier les selfies lors d’une cérémonie officielle ? Tu es en public, Manu, là, et c’est toi qui y vas, vers ce garçon. À la mode salon de l’agriculture, pas dans une salle de classe de Brigitte à l’école, où la maîtresse respecter tu devras. Lui n’a rien demandé. Alors il faut être cohérent et accepter que d’autres puissent aussi en jouer. Non ?

« Non. Fais donc ce que je te dis, gamin, comporte-toi comme il sied lors d’un « protocole », d’une « cérémonie officielle », pas ce que je fais, moi qui devrais pourtant avoir une attitude exemplaire… Pas avant de l’avoir, ton costard. Tu es impoli toi, impertinent. Moi, je disrupte. Regarde, je me prends pour Jupiter alors que je suis une pipelette, plutôt sous les auspices de Polymnie[1]. »

Qui se fend de morale mais se fout de l’Éthique, donc. Enfin de la morale, bien patriarcale, du pharisianisme judéo-chrétien : Politesse, Parade, Pognon – les 3 « P » des commandements emmarchistes.

Cet épisode restera peut-être comme le plus ignominieux en termes de mépris gratuit et le plus révélateur de la période Macron : « Quelle indignité..! » pourrions-nous commenter.

Son corollaire, à plus grande échelle, réside peut-être dans le déferlement des trolls issus des usines de la macronerie sur les réseaux sociaux dès que se présente une déviance aux croyances orthodoxes de L’emmarcherie et à l’adulation de ses têtes d’affiche, venant polluer les discussions et jusqu’à faire bloquer ou fermer des comptes de voix dissidentes via des signalements fallacieux.

Enfin, pour en revenir à notre Macron, ceci montre que tout en étant président, on n’en est pas moins un homme. Or, tout homme peut se révéler un gros…

Post Sriptum : Jeune homme, contacte-nous. Tu es intelligent, tu nous retrouveras. Il est encore temps pour bien faire, nous avons quelques modestes livres à t’offrir. Post Sriptum été 2021 : ayant reçu un œuf, Manu a réclamé que l’on jette l’impétrant aux pieds du monarque… Cette idée de la République fait écho à celle du « qu’ils viennent me chercher ». Pas très adulte comme comportement, plutôt celui de quelqu’un bloqué dans l’adolescence ou privé de celle-ci. Or habituellement, c’est là que l’on grandit.


[1] Dans la mythologie grecque, muse de la rhétorique, donc de l’éloquence

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