Urgence sociale et mensonge : L’aveu des faits

3 août 2018

On aura assez vite compris le sens de la présidence Macron. Elle ne diffère pas significativement de celui de ses deux prédécesseurs. Cependant, la célérité et l’ampleur des mesures prises en faveur des plus hauts revenus et des entreprises dominantes (on ne parle pas ici des entrepreneurs ni des PME) nous avertissent qu’il a l’intention de pousser le néolibéralisme à un degré supérieur.

Cela nous renseigne surtout pour la défense, ou plutôt la mise en avant,  de quels intérêts, de quel privilèges, le sieur Macron s’est fait élire. En effet, l’urgence sociale ne nécessitait probablement pas une telle ristourne envers les plus favorisés. Par contre, il faut croire que le retour d’ascenseur ne pouvait pas attendre, ce qui nous amène aux financiers de la campagne et de la pré-campagne de Macron, qui n’en ont certainement pas l’habitude (d’attendre…).

Ce dernier s’est prétendu à de nombreuses reprises indépendant de toute influence ou de tout groupe de pression, a répété qu’il n’était redevable à personne. Le « story-telling » l’a même fait expliquer qu’il avait choisi de réaliser une pige dans le monde des affaires, oui mais des banques d’affaires – à savoir Rotschild & Cie, afin de se donner les moyens financiers de cette indépendance politique. Il souhaitait, a-t-il affirmé, s’éviter les magouillages d’appareils politiciens et les compromissions avec d’éventuels sponsors. N’ayant rien de particulier contre ceux ayant la chance de devenir riches, je ne le blâmerais personnellement pas pour cet objectif d’autonomie politique, ayant même tendance à le trouver justifié. De même, j’ai tendance à penser que chacun peut faire ce qu’il veut de légal avec son argent, et même que personne n’a à le savoir, tant que cela ne devient pas un argument politico-moral. Or, comme nous allons le voir, le problème réside dans le fait que Mr Macron a menti.

Tout d’abord, son parcours dans l’entourage de Hollande, montre qu’il a bénéficié des circonstances. Secrétaire Général adjoint de l’Élysée, il démissionne pour mener d’autres projets professionnels (accompagné par d’utiles « parrains ») qu’il abandonnera à peine parti pour se voir parachuter au ministère des finances à la faveur du swap Ayrault-Valls effectué par Hollande. L’intention était donc de quitter la politique, le pactole obtenu chez Rotschild & Cie, n’avait donc pas de but précis. Mais quid de ce soi-disant pactole ? Et c’est là que le bât blesse.

Aux questions sur ce qu’était devenu ses gras émoluments d’entremetteur d’affaires, Macron a tergiversé entre les versions et les refus de répondre avant de s’en tenir à l’option du train de vie : il aurait tout dépensé. Nous partirons du point de vue que ceci est exact, donc que l’argent n’a pas été illégalement placé à l’étranger ou transformé en or planqué dans la villa de sa femme au Touquet – ce qui serait pour le coup légal mais rendrait ses déclarations d’avoir tout dépensé mensongères. D’une part, ça n’est pas très bon comme image, ni pour un ex-ministre des finances, ni pour un futur président de la république d’avoir été un flambeur – flambeur un jour, flambeur toujours : cet homme n’aurait donc aucune compétence de gestionnaire. D’autre part et surtout, et cette conclusion logique n’a à ma connaissance été relevé par aucun média : s’il ne dispose plus de cet argent – et sa déclaration de patrimoine ne le mentionne en effet pas – son alibi de soi-disant indépendance financière et politicienne s’effondre. Et il a donc menti.

Si Monsieur Macron a menti, il n’est plus indépendant. On est donc en droit de s’interroger sur le financement de ses campagnes et l’identité de donateurs de premier ordre. Devant son refus de le faire, nous constatons vers qui sont allées les premières mesures de son quinquennat. On sait désormais que redevable, Monsieur Macron ne l’est que de son carnet d’adresses et du retour sur investissement de celui-ci, et, « en même temps », qu’il ment. Du reste la récente affaire Macron/Benalla a confirmé cet usage sur un autre plan.

Menteur. Redevable. Deux raisons de ne pouvoir lui faire confiance.

 

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