Leurre

30 décembre 2019

D’accord ils sont bêtes comme foin. Mais ils le font aussi à dessein. Qui ça ? Les médias d’apparat.

Il y a les fake-news. Ces fausses informations. Qui en réalité ne sont pas forcément celles qui sont dénoncées. Nous aurions plus vite fait dans les journaux, pendant les tranches d’informations ou assimilées des émissions de télévision ou de radio, de dénombrer les « true-news« . Les vraies informations, celles qui méritent d’être couvertes, traitées, c’est-à-dire de faire l’objet d’une investigation. Le journalisme manquant de moyen en aurait alors à sa disposition puisque les ressources ne seraient plus dilapidées là où cela n’a pas de véritable sens. Les médias referaient du journalisme en somme. Aussi, ce que met en évidence cette opposition entre vraies et fausses nouvelles correspond à la plus grave atteinte des médias à la liberté de l’information : la non-information.

La non-information prend deux formes : le non-traitement de sujets dignes d’intérêt d’une part, ou le fait de les aborder en toute hâte tel que ceux-ci passent inaperçus mais qui permettra de prétendre en cas de besoin que si, on en avait parlé mais vous n’aviez pas fait attention ; et d’autre part le traitement de sujets sans intérêt, c’est-à-dire les no-news, dont la couverture traîne pourtant en longueur. Ce sont ces dernières que nous qualifierons de leurres.

Le meilleur exemple de ces leurres dans la presse française et sans doute européenne depuis son avènement en 2016 se nomme Donald Trump. Que ce type soit un bouffon, on l’avait rapidement remarqué. Quelques thèmes l’incluant méritent d’être suivis en tant qu’intervention des États-Unis, de façon classique dirons-nous. Cependant la plupart de ses gesticulations concernent ce seul pays, et n’ont donc pas d’intérêt à être relatées de manière systématique ailleurs. De plus le caractère grotesque de ses sorties ne mérite pas qu’on s’y arrête. Ici arrive le leurre.

Les manifestations des gilets jaunes sont réprimées avec des violences politico-policières impunies jamais vues ? Oh, regardez par-là, Monsieur Trump a tweeté ! Ce qu’il est grossier ! Comme il a les cheveux jaunes ! Le gouvernement français détruit le système de solidarité sociale hérité du Conseil National de la Résistance ? Hé, Trump a insulté les ânes ! Qu’il est stupide ! Haaan, c’est mal… Bêlent-ils dans la cour d’école médiatique.

Voilà le niveau. Il ne s’agit pas d’informer en réalité mais de détourner l’attention à moindre coût des méfaits hexagonaux du potentat local. Dans le cas Trump, on pourra qui plus est avantageusement s’indigner à peu de frais, flatter les bons sentiments et les grands principes moraux de l’auditoire ou du lectorat, foulés aux pieds sur place, en France. Coup double. Mais on avait compris au bout de deux mois, et encore, le mode opératoire du Donald : pas la peine d’y revenir pour le rabâcher.

Une variante existe à ce chiffon rouge trumpesque qui incite les médias à foncer toutes œillères enfilées, mêlant habilement fake et no-news, par exemple pour éviter de pointer le fait que malgré les humiliations états-uniennes, l’UE ne profite pas des multiples occasions pour s’en émanciper politiquement, économiquement et militairement : elle apparaît sous les slogans « Ce sont les Russes ! » ou « Poutine le vilain ! » proclamés par les embargoteurs bien-pensants et va-t-en-guerre.

Ici, en plus du leurre, on tente de désigner un ennemi extérieur commun fictif, de mettre en valeur l’héroïsme d’un discours présidentiel héraut de l’Occident qui restera sans effet. Bref, comme dans les régimes autoritaires, le pouvoir français relayé par la presse au garde à vous met en scène sa vision de l’étranger où l’on ne peut agir, en le dénonçant – marqueur pétainiste – pour faire oublier le national et les accords multilatéraux où l’on décide contre ses citoyens.

Dans les deux cas les médias n’informent pas, ils brassent de l’air, créent du vide, répandent leurs illusions d’optiques pour tromper la population, satisfaire leurs propriétaires ploutocrates, toucher leurs subventions étatiques, et aller pointer dans les pince-fesses ou au Siècle. Ces espaces de no-news, de non-information, devraient bien plus nous préoccuper que les soi-disant « fake » complotistes dont on peut généralement se prémunir assez facilement en réfléchissant vingt secondes au sujet.

Les voix de leurs maîtres donc. Celle de la France, elle, a disparu. Trois quinquennats perdus à parler dans le vide. Car à l’étranger personne n’écoute plus ni les bouffons, ni les lâches, ni les forts en thèmes faibles en actes.

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