Vous avez dit violence ?

25 décembre 2020

On pourrait retenir à la décharge de Macron que le retour des violences utilisées contre les manifestants fut à mettre à l’actif de l’époque Hollande, même si elles l’ont été pour étouffer la contestation de la loi travail qui était largement son projet à lui. Néanmoins, ce recours à la violence préméditée, en réalité une violence politique plus que policière, a connu une recrudescence tout à fait invraisemblable lors de son propre quinquennat, et en toute impunité. Foule nassée et gazée. Passants matraqués. Manifestants, ou pas, frappés à terre, visés au LBD, éborgnés, enfants compris. Même des mains arrachées et une innocente tuée n’ont pas entraîné de marche arrière dans le recours systématique et volontaire à la force brutale.

Rappelons que lors d’une manifestation, ce sont les forces de l’ordre qui fixent par leur action le niveau de violence, puisque censées pratiquer la désescalade. On apprenait cela, aujourd’hui c’est moins sûr, dans les écoles d’officiers de police et de gendarmerie. Cette dernière tient encore le choc : la hiérarchie militaire produit son effet ; la police, souvent livrée à elle-même, beaucoup moins.

Or, ces forces de l’ordre social, du maintien de cet ordre social inégalitaire, sont devenues sous la houlette Macron les forces du désordre. Elles, présumées protectrice de la population, sont à dessein devenues un instrument de peur, de terreur à son encontre.

Les méthodes d’extrême-centre emmarchistes de répression des manifestations nous renvoient à celles utilisées par Margaret Thatcher dans les années 80 pour briser les mouvements de grèves dans les mines. Il y a quarante ans, cela était déjà inadmissible. Alors maintenant ? Par un individu qui a vendu à ses électeurs la bienveillance comme valeur fondamentale ? Thatcher, dont il singe également la doctrine néolibérale qu’on a du mal à qualifier d’économique tant elle se montre contre-productive pour la société, la tenait elle-même de ce qui se prônait à la fin du XIX° et au début du XX° siècle. Autant pour la modernité.

Dès les premiers mois du mandat de Macron, une de nos chroniques effectuait le rapprochement entre celui-ci et Donald Trump, à rebrousse-poil de tous les éditocrates qui s’employaient à glorifier leurs différences en faveur du nouvel arrivant à l’Élysée. Nous expliquions comment ils occupaient chacun une face d’une même médaille idéologique, celle du capitalisme néolibéral – celui qui organise la paralysie et la rétraction de l’État au profit des grands groupes financiers du secteur privé marchand à tendance monopolistique. À la faveur du mouvement des gilets jaunes, puis des manifestations contre la dislocation du système des retraites chez nous, et de celui dénommé « Black Lives Matters » aux USA, nous découvrons un nouveau point commun entre Macron et Trump : la façon dont ils répondent par la brutalité physique aux revendications légitimes de leur population.

Car il est légitime de réclamer de ne pas sombrer dans la pauvreté comme il l’est d’exiger de ne pas servir de cible à une police intouchable. Trump a envoyé les troupes fédérales contre son peuple, dans l’indifférence relative du parti démocrate. Macron n’a eu besoin que des escadrons de police et de gendarmerie, avec le soutien de la droite de la « gauche«  via certains écologistes, des socialistes, de la droite extrême et de l’extrême droite. Il lui aura quand même manqué le soutien de la tête de la hiérarchie policière, remplacée plus tard pour ce motif de refuser d’ordonner le cas échéant de tirer sur la foule. D’où sa décision de se terrer en son palais le fameux week-end du 8 décembre 2019 avec égouts et hélicoptère près pour l’exfiltration, et bunker antinucléaire pour accueillir des assiégés.

L’unique différence existant entre Trump et Macron réside dans la peur qui n’a pas eu l’occasion de saisir le premier alors qu’elle a terrifié, rendu fébrile et sans garde-fou, le second – lui qui avait déjà du mal à filtrer mentalement ses pensées et propos antisociaux privés ou publics – comme son entourage.

Alors qui est violent ? Le pouvoir qui use immodérément de la force ou les manifestants légitimes dans leurs exigences ? Celui qui a intégré l’état d’urgence au droit commun ou ceux voulant qu’on puisse filmer librement les auteurs policiers d’exactions ?

Une police qui traite avec respect la population qu’elle est supposée servir n’a pas besoin d’être floutée. Celle qui accepte de devenir l’instrument d’un pouvoir qui s’en protège (de la population), lui réclamera cette mesure assurant de facto son immunité.

Les manifestants ont d’abord lancé aux FDO : « Ne vous suicidez pas, rejoignez-nous. » S’étant fait bastonner par une police qui ne défend en fait que les occupants actuels de l’État, actant sa préférence pour un certain ordre social face aux libertés, ils ont changé d’optique en supprimant la négation, simplifiant la formule.

Parce qu’au bout du compte, si vous ne vous soumettez pas, si vous luttez malgré tout, vous n’avez plus le choix qu’entre la non-violence totale ou la violence totale. Mais les deux seront réprimées. Certains choisiront la première, d’autres la seconde. Et à un moment, la seule échappatoire de la contestation consistera à outrepasser les forces de l’ordre social dans la violence, au moment où nous voyons toute la droite politique et économique, du Modem au PS et de L’a-Rem au RN en passant par LR, sans compter PC et EELV en roue libre, se vautrer dans la complaisance sécuritaire en les accompagnant dans leur marche contre l’Assemblée Nationale. Cette escalade ne sera pas du fait des contestataires. C’est vers cela que nous allons.

Leur système économique et social engendre des crises multiples dont ils n’assument pas la paternité : ce serait la démocratie qui les empêcherait d’en venir à bout. Un de leurs objectifs consiste donc à étouffer la démocratie. Car nous ne voulons évidemment pas d’eux pour « résoudre » ces crises, comme est par exemple censée le faire la COP, qu’eux et leur système ont générées. C’est ce qu’explique Barbara Stiegler qui se révèle une des analystes les plus redoutablement pertinente de l’époque en cours.

Il faut donc les faire partir. Par tous les moyens. Quoiqu’il leur en coûte à eux. Rappel du bilan macronard de répression à ce jour : 1 morte. « 3.000 blessés, 82 graves, 17 éborgnés, 4 mains arrachés, 10.000 gardes à vue, 3100 condamnations. L’ONU a réclamé une enquête sur les violences, Amnesty International dénonce un bilan inquiétant, la CEDH condamne les violences policières. »

What else ?!

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :