Covid 19 : Confiner et punir

31 janvier 2021

 [Mise à jour avril 2021]

Au bout d’un an de Covid, la question qui vient à l’esprit concernant le pouvoir politique en France, c’est-à-dire la présidence de la République, le gouvernement, la majorité à l’assemblée nationale, et ceux de leur haute administration impliqués ici, est la suivante : à quel moment ont-ils agi autrement que comme des charlots ?

Loin de nous le parti pris de sous-estimer l’ampleur et la difficulté de la tâche consistant à lutter contre une épidémie nouvelle. Pour autant, la moindre des choses pour les autorités en place consiste à associer la population aux mesures à prendre pour elle, en la considérant comme une société d’individus responsables, et en agissant de façon équivalente par rapport à tous. Or, tout ce qui a été fait semble y contrevenir. Décisions prises à l’insu de la population via le conseil de défense, voire contre elle, infantilisantes, inéquitables, incohérentes. À ceci s’ajoutent les mensonges éhontés de ce pouvoir politique sur à peu près tous les éléments à sa disposition concernant l’épidémie. Pourquoi ?

Si une ligne de fond émerge dans les actions du président de la République, qui a largement personnalisé la gestion de la crise sanitaire, elle s’appelle l’idéologie. L’idéologie néolibérale bien entendu.

Rappelons-le, « le virus ne s’arrêtera pas aux frontières. » Pour lui faciliter l’existence, la sacro-sainte libre circulation des biens et des personnes assez riches (en jet privé) a trop tardé à être remise en cause début 2020, contrairement à d’autres démocraties, permettant donc au virus de se diffuser tranquillement dans le pays : open french bar, profite Covid-19, c’est la tournée du patron !

Pourtant, ou en conséquence, ce qui s’impose à la population locale qui va alors bientôt être assignée à résidence s’appelle « la distanciation sociale ». Pas sanitaire. Sociale. Car le néolibéralisme ne peut pas se passer de la libre circulation des biens, mais les relations humaines lui importent peu : elles n’entrent dans aucune équation de sa spécieuse scientificité.

Pas de masques, pas de lits d’hôpitaux, pas d’inspiration des mesures mises en œuvre par les pays ayant déjà connu de telles crises, nous fûmes donc confinés.

Il faut se rendre compte que le confinement représente la mesure ultime, rendue fatale par tout ce que l’on a été incapable de faire avant : volontairement comme par manque de moyens. C’est la mesure des dictatures et des pays sous-développés (cf. « la solution du pauvre » précédemment évoquée), ou post-développés[1] : appauvrie voire paupérisée, et rendue dépendante que la France est devenue par le néolibéralisme prodigué depuis trente-cinq ans par ses dirigeants successifs.

Et nous confiner en nous imposant des attestations de déplacement pour immatures (dont même l’Allemagne, pays de famille souche autoritaire, raillera à raison le caractère psychorigide) en l’absence desquelles la sanction financière tombera, certes : mais seulement après avoir laissé son électorat se réfugier dans ses résidences secondaires. Vous savez, ceux qui s’y sont réunis en apéritifs de retrouvailles, laissant leurs enfants batifoler ensemble sur les plages ou places de villages… Sans compter d’avoir laissé rentrer les étudiants urbains dans les campagnes ou villes modestes, et potentiellement y ramener le virus. Circulez…

S’il s’était intelligemment agi de prévenir un engorgement des hôpitaux des métropoles, il fallait le dire, voire le favoriser en offrant des locations à ceux qui seraient bientôt entassés dans des logements trop exigus des banlieues urbaines populaires. Mais non.

Où est la cohérence ici à part dans la bêtise, l’arbitraire, et le caractère partisan de l’idéologie ?

Deux mois et demi plus tard, le déconfinement n’a pas échappé à cette même idéologie, sans pour autant mettre en parallèle à ce moment-là (ni à un autre d’ailleurs) une politique de tests et d’isolement cohérente. Les enfants renvoyés à l’école furent ceux qui empêchaient leurs parents d’aller travailler : les petits. Les jeunes par contre, notamment les étudiants, autonomes, ont été priés de ne plus étudier, presque de ne plus vivre, ce qui sera reconduit avec la non-rentrée universitaire de l’automne 2020 : cette population, que l’on sait alors la moins touchée par les symptômes, a le second désavantage de se montrer régulièrement contestatrice, ce dont les dirigeants préfèrent se prémunir en les cloîtrant chez leurs parents.

Car en dehors du supérieur séquestré par facilité, rien n’avait été envisagé pour septembre. Les mesures de précaution dans les collèges et lycées ont été symboliques ; les maternelles et primaires ont reçu leurs instructions la veille de la rentrée. Les enseignants n’ont pas été dotés en masques, encore moins transparents (d’où des problèmes d’interactions avec les petits), pas plus que leurs élèves, obligés d’en porter dès le cours préparatoire : à 6 ans…

La remontée des taux de reproduction (le « R ») ou d’incidence (en réalité détourné car comptabilisant les cas positifs et non les seuls malades) dès l’été dans certains départements n’a pas été suivie d’actions. Nous avons vu la plupart des départements passer de vert à orange puis à rouge, pour mener à un reconfinement général (cf. « la solution du con ») mais allégé, suivi d’un couvre-feu global inutile et inefficace sanitairement parlant, sur fond de répression des manifestations contre des mesures et lois liberticides à répétition. Mais heureusement, rien de dangereux pour le virus qui continuait à proliférer en attendant qu’on nous enferme tous.

2021, arrive les vaccins. Refus de Macron de s’associer à la production du vaccin Russe Spoutnik V malgré l’aimable proposition de Vladimir Poutine. Pourtant, même à l’époque soviétique, les scientifiques locaux étaient reconnus voir courtisés par l’Occident. Le flou demeure, les congélateurs manquent, pardon nous choisissons une « stratégie lente… » Étrangement, le président qui depuis le début de la pandémie court-circuite la démocratie avec le conseil de défense qu’il constitue sur mesure à sa guise pour prendre des décisions pourtant de ressort gouvernemental, n’assume « en même temps » pas sa responsabilité centralisatrice : il fustige « 66 millions de procureurs. » Beau métier. Espérons qu’ils soient plus indépendants que ceux que son ministre de l’injustice fait nommer au Parquet.

Face à la nouvelle variation anglaise du virus induisant une épidémie qui depuis septembre faiblit peu, au contraire de plusieurs pays, la France renvoie ce mois-ci (janvier) tous ses élèves, hors étudiants, en classe. Peut-être les autres ont-ils tort. Cependant, nous sommes désormais en quelque sorte habitués à ce que les décisions prises par nos dirigeants nationaux se révèlent systématiquement les mauvaises, et donc logiquement le doute nous habite.

D’autant que cela continue. La barre objectif des 5,000 cas testés positifs au quotidien est depuis longtemps oubliée, se stabilisant au-dessus de 35.000, à multiplier par 3 pour avoir une idée de l’ampleur réelle de l’épidémie. À cette heure (avril), reconfinés façon intermédiaire (écoles fermées mais bureaux ouverts, chaîne fixée à 10km à la ronde mais sans attestation… Pour donner l’impression d’accroître nos libertés en augmentant le rayon alors que les lois attentatoires aux libertés se succèdent depuis 2017, avec ou sans Covid comme prétexte ?), nous laissons les avions brésiliens ou guyanais avec leur autre variant atterrir en France comme nulle part ailleurs, avec une quarantaine laissée au bon vouloir de l’arrivant, au risque de le voir s’écouler tranquillement un peu partout. Vous me direz ils seraient bien contents que quelque chose, enfin, ruisselle de leurs politiques. Et nous laissons encore les réunions pascales de famille se tenir : en France, pays laïc, seules les fêtes chrétiennes de Noël et Pâques auront pu se dérouler librement. Pourquoi ? Inclination religieuse personnelle du chef de l’État ? À Pâques, volonté de laisser à nouveau ses électeurs rejoindre leur résidence secondaire pour une meilleure expérience de ce nouvel enfermement ? Alors qu’on interdit dans le même temps aux familles ayant réservé un gîte pour les vacances de s’y rendre en vase clos. Ou alors était-ce pour laisser souffler les Français, ces grands enfants, de crainte qu’ils ne s’échauffent trop ?

Mais si le pouvoir ne nous prenait pas pour des abrutis depuis le début et que nous constations que ses décisions aboutissaient à des résultats satisfaisants, nous accepterions même des mesures plus coercitives si mieux ciblées en temps et en lieux. Or, objectivement, jusqu’ici, ce que nos gouvernants mettent en place ne fonctionne pas. Ce qui est fait l’est donc mal (fait), sans que ce soit reconnu sauf pour exceptionnelle contrition, car électorale. Et, par conséquent, ça énerve.

Un petit dernier pour la route ? La France va faire de la mise en flacon pour Pfizer ! Macron essaie de nous faire passer cela pour de la production de vaccins. Il a dû mal comprendre… Curieux pour un aspirant épidémiologiste, non ? Mais non, même ça, produire, on ne sait plus faire. Notez que si l’on estime que les médicaments figurent à un bout de la chaîne, à l’autre en quelque sorte nous ne sommes pas plus capables de fabriquer un vélo 100% français… Merci qui pour les pertes de savoir-faire industriel ? Néolibéralisme, division internationale du travail et délocalisation. Quant à mettre un vaccin ou traitement au point : mais où est Sanofi ? Ainsi, la gestion de la crise du Covid-19 par Macron et les gouvernements Philippe puis Castex, et leur majorité, c’est comme si un joueur de loto pouvait choisir, pour gagner, 43 des 49 numéros, et cochait consciencieusement les 6 numéros perdants. Ça défie l’entendement, et en même temps, ils l’ont fait. C’est un privilège de l’idéologie.


[1] Concept développé par Jean-Baptiste Auxière.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :