Urgence sociale et mensonge : L’aveu des faits

3 novembre 2017

Nous aurons assez vite compris le sens de la présidence Macron. Elle ne diffère pas significativement de celui de ses deux prédécesseurs. Cependant, la célérité et l’ampleur des mesures prises en faveur des plus hauts revenus et des entreprises transnationales nous avertissent qu’il a l’intention de pousser le néolibéralisme en France à un degré supérieur.

Or, rappelons qu’en réalité cette idéologie est politique plus qu’économique, domaine dans lequel elle n’a cessé de démontrer son inefficacité : récession, baisse du niveau de vie et du progrès scientifique, ou encore accroissement des inégalités, constituent ses principales mais constantes réalisations[1]. Les exemples sont légion, voici les plus faciles à vérifier entre la lente mais continue déliquescence en termes sociaux des pays occidentaux en fonction de leur entrée dans cette doctrine (USA et GB depuis 1980 ; pays de l’UE depuis 1990-2000), et ceux ayant subi des thérapies de choc (Russie décennie 1990 ; Grèce décennie 2010 ; Argentine à plusieurs reprises ; nombre de pays pauvres via l’intervention des Banque mondiale et Fond Monétaire International), etc. Son objectif consiste à empêcher plein emploi et liberté populaire rendant possible les révolutions.

Aussi cela nous renseigne-t-il surtout pour la défense, ou plutôt la mise en avant, de quels intérêts, de quels privilèges, l’ancien haut fonctionnaire s’est fait élire. En effet, l’urgence sociale en France ne nécessitait probablement pas une telle ristourne envers les plus favorisés. Par contre, il faut croire que le retour d’ascenseur ne pouvait, lui, pas attendre, ce qui nous amène aux financiers de la campagne et de la précampagne de Macron, qui n’ont certainement pas pour habitude de patienter.

Ce dernier s’est prétendu à de nombreuses reprises indépendant de toute influence ou de tout groupe de pression, et a répété qu’il n’était redevable à personne. Le « storytelling«  l’a même fait expliquer qu’il avait choisi de réaliser une pige dans le monde des affaires, oui mais des banques d’affaires – à savoir Rotschild & Cie, et pas les affaires du réel, des PME requérant des moyens de financer leur développement, mais celles, abstraites, des transnationales voulant juste occuper le terrain du leadership mondial ou faire briller leur bilan à l’attention de leurs actionnaires, la banque d’affaires des cadors en somme – afin de se donner les moyens financiers de cette indépendance politique. Il souhaitait, a-t-il affirmé, s’éviter les magouillages d’appareils politiciens et les compromissions avec d’éventuels sponsors.

N’ayant rien de particulier contre ceux ayant la chance de devenir riches, nous ne le blâmerons pas pour cet objectif d’autonomie politique, ayant même tendance à le trouver louable. De même, nous avons tendance à penser que chacun peut faire ce qu’il veut de légal avec son argent, et même que personne n’a à le savoir, tant que cela ne devient pas un argument politico-moral. Or, comme nous allons le voir, le problème réside dans le fait que là aussi Macron a menti.

Tout d’abord, son parcours dans l’entourage de Hollande, montre qu’il a bénéficié des circonstances. Secrétaire Général adjoint de l’Élysée, il démissionne pour soi-disant mener d’autres projets professionnels (accompagné par d’utiles « parrains ») qu’il abandonnera à peine parti pour se voir parachuter au ministère des finances à la faveur du swap Ayrault-Valls effectué par Hollande. On voit d’un côté que ces projets personnels ne devaient pas lui tenir particulièrement à cœur. On voit d’un autre côté que si son intention était de quitter la politique, après un simple passage en coup de vent, le pactole obtenu en pigeant chez Rotschild & Cie, n’avait pas de but précis. Nous pouvons donc commencer à avoir des doutes. Mais qu’en est-il de ce soi-disant pactole ? Et là aussi le bât blesse.

Aux questions sur ce qu’étaient devenus ses gras émoluments d’entremetteur d’affaires, Macron a tergiversé entre les versions et les refus de répondre avant de s’en tenir à l’option du train de vie : il aurait tout dépensé. Nous partirons du point de vue que ceci est exact, donc que l’argent n’a pas été illégalement exilé à l’étranger ou transformé en or planqué dans la villa de sa femme au Touquet – ce qui serait pour le coup légal mais rendrait ses déclarations d’avoir tout dépensé mensongères.

D’une part, ça n’est pas très bon comme image, ni pour un ex-ministre des finances, ni pour un futur président de la République, d’avoir été un flambeur – flambeur un jour, flambeur toujours : cet homme n’aurait donc aucune capacité de gestionnaire. Ceci n’est pas non plus très vendeur pour un politicien prônant l’austérité, et le place une fois encore à droite puisque cette tendance politique, à force d’accuser sa gauche de mauvaise gestion, a conduit cette dernière à plutôt bien gérer (avant qu’elle ne devienne aussi de droite…), tandis qu’elle-même se révélait incapable de le faire, dilapidant les deniers publics : sur ce point, il n’est qu’à constater à quelles périodes les déficits publics se sont creusés depuis 1981 pour s’en convaincre, comment ils se sont creusés, et pour quels bénéficiaires.

D’autre part et surtout, et cette conclusion logique n’a à notre connaissance été relevée par aucun média : si Macron ne dispose plus de cet argent – et sa déclaration de patrimoine ne le mentionne en effet pas – son alibi de prétendue indépendance financière et d’autonomie politicienne s’effondre. Et il a donc encore menti.

Macron dépend ainsi de mécènes financiers et de réseaux d’influence. On est alors en droit de s’interroger sur le financement de ses campagnes et l’identité de donateurs de premier ordre, et de ceux qui l’auraient simplement aidé. Devant son refus de révéler ces identités, nous constatons vers qui sont allées les premières mesures de son quinquennat.

Nous savons donc désormais que redevable, Monsieur Macron l’est de son carnet d’adresses et du retour sur investissement attendu par celui-ci, et, en même temps, qu’il ment.

Menteur. Redevable. Deux bonnes raisons de ne pas lui faire confiance. Et de s’en débarrasser la prochaine fois. Au plus tard.

[1] David Graeber : « Bullshit Jobs » (2018).

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