« Mais quel(s) con(s) ! »

30 octobre 2020

 

Ça n’est pas tout de gagner la Star Ac’, il faut confirmer après. On est connu, c’est l’essentiel, tout en étant frais et nouveau. On peut devenir un produit d’appel à moindre coût de communication pour sa Major. Ça permet de passer devant d’autres plus doués mais moins grand public peut-être. Il y a une pression commerciale derrière quand même. Il faut beaucoup faire ce que l’on vous dit – se souvenir comment on est là (ter), en somme. Si l’on a du coffre et du talent, il y a moyen de s’en extirper. Sinon, on devient pas grand-chose de plus qu’un pantin.

Une autre image vient à l’esprit. Celle du dirigeant par exemple parachuté dans une entreprise qu’une autre plus riche a rachetée. Il débarque à la place du précédent soi-disant pour faire mieux, en réalité pour venir soumettre la proie. Toutefois si son équipe n’a pas débarqué avec lui, les collaborateurs historiques, pour lesquels il est nouveau, ne vont pas connaître ses vrais objectifs. Il y aura en effet les objectifs officiels pour la structure qu’il vient diriger mais aussi les siens, relatifs à son commanditaire, et selon lesquels sera en réalité jugée sa performance et étalonné son bonus. Et ces deux niveaux d’objectifs peuvent être distincts voire contradictoires. Les seconds primeront sur les premiers et si certains individus en place dérangent en cela, les jours de leur contrat de travail seront comptés.

Ainsi Macron, sorti de nulle part si ce n’est du chapeau de la technostructure en accord avec la ploutocratie, combine-t-il ces deux scénarios. Il est arrivé par la Star Ac’ [rapporteur de mission néolibérale, secrétariat général de l’Élysée, ministère de l’économie], pages dans les journaux, une des magazines, presse people, reportages télévisés, dont le rôle fut de le présenter comme un produit de consommation courante mais un outsider, alors qu’il est affublé de tous les stigmates de la classe des dominants. Et il se retrouve théoriquement en charge du bien-être de la population du pays dont il a bizarrement été élu président, alors que la mission qui lui a été assignée et pour laquelle il sera gratifié consiste à favoriser les intérêts du tout petit groupe qui l’a envoyé là. Pas ceux de l’entrepreneuriat, comme on l’a ressassé et comme certains le croient encore, car ils lui sont tout à fait étrangers,mais de la finance et de l’énarchie.

Ce qui fait que s’il semble échouer, et il échoue objectivement à améliorer l’existence de la majorité et rend même plus difficile encore celle d’un nombre considérable de ses concitoyens qui était déjà compliquée, voire les appauvrit tout simplement, il réussit en réalité à satisfaire ceux qui l’ont porté au pouvoir, c’est-à-dire principalement à les enrichir par divers moyens. Et il en sera ré-com-pen-sé. Heureusement pour lui car curieusement, malgré les sommes folles gagnées pour pas grand-chose, si celles-ci ont bien été imprudemment dépensées et non évadées quelque part ailleurs – à suivre après son éviction du pouvoir – il était plutôt endetté en arrivant à l’Élysée.

L’échec de Macron dépend donc de ce que l’on met en perspective. Pour le pays et sa population c’en est un. Pour ceux qui l’ont porté là, pas forcément.

Qu’en est-il à ce jour quant à sa gestion de l’épidémie de coronavirus ?

En premier lieu, lui ne l’a pas vue venir malgré les signes. Et gouverner, quels que soient vos objectifs cachés, c’est prévoir. Même si pour sa doublette avec Philippe puis Castex, la devise s’est plus sûrement transformée en « gouverner, c’est mentir, » comme l’a habilement formulé l’anthropologue Emmanuel Todd.

Macron a cependant tenté, dans ce second temps où il fallait affronter, de rester ferme face à ses objectifs en optant pour une gestion de la crise fidèle aux principes de son idéologie favorisant le capitalisme financier globalisé et la centralisation autoritaire, aux dépens des services publics et du bien commun démocratique. La liste des manques s’allongeant, on a décidé qu’il n’y aurait pas besoin de ce dont on ne disposait pas. Sage litanie. De masques en lits d’hôpitaux. De professionnels de santé qualifiés en médicaments. De gants en farine. Tout ce qui était nécessaire nous était étranger. Il avait fallu confiner. Il faut dire que les Véran, Attal, Salomon et autres Griveaux, aujourd’hui aux manettes, étaient conseillers de Marisol Touraine, Ministre des affaires sociales et de la santé, quand celle-ci a supprimé en 2016 l’Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (EPRUS[1]). Les masques, c’étaient là, les stocks stratégiques de produits de santé, idem, la gestion des réserves de personnels de santé en cas de crise aussi. Cela augurait mal.

Des hommes et des femmes sont morts. Pour avoir travaillé. Pour avoir soigné. Des familles entières se sont enfoncées dans la misère. Des commerces de proximité, des entreprises d’artisanat se sont éteints. L’économie, porte-drapeau putatif de l’emmarchisme, sombre : -10% prévus pour le PIB environ[2]. Un des plus mauvais résultats du G20. La dette de l’État s’envole heureusement pour colmater les brèches. La bourse a plongé, mais seulement un temps : ouf !

La catastrophe a été évidente, pour tous, macronerie exceptée. Et Macron en est responsable (pas seul évidemment mais pleinement) en tant que successeur en chef de ceux qui par leur idéologie du tout marché ont contribué à créer, parfois sciemment, ces manques, car il se pose en zélateur de ce néolibéralisme financier quelques crans au-dessus de ses prédécesseurs. Il en est responsable aussi parce que Sciences Po ou l’ENA ne l’ont manifestement pas rendu capable de réfléchir. C’est-à-dire de faire face à un certain inconnu, d’analyser la situation, et de prendre les décisions appropriées. Angela Merkel partage globalement la même idéologie que les politiciens qui, en France, sont responsables de la situation actuelle. Et, en dehors de diriger un pays plus riche car n’ayant pas été sacrifié par ses dirigeants aux complets détriments de sa population ni (surtout) de ses entreprises sur l’autel notamment de l’Union européenne, comme cela a constamment été le cas pour nous depuis des décennies, elle a su le préserver d’une situation où ses manques (par exemple en personnel soignant) seraient également apparus, en raisonnant en scientifique qu’elle a été : Docteur en physique. Macron, lui, en a qui plus est été incapable.

D’après lui, nous serions toutefois prêts pour une seconde vague. Mais non…

Il n’avait rien appris. Il n’avait pas voulu. C’est un fort en thème, un répétiteur, pas un créatif. Il n’est pas là pour ça. Mais il n’a même pas su copier : s’inspirer des meilleures pratiques, se référer aux pays sachant, ceux qui avaient déjà affronté des situations sanitaires ressemblantes. Il a voulu repartir comme en Quarante. Droit dans ses bottes idéologiques. Gouverner restait ignorer la réalité comme l’illustra merveilleusement l’allocution du mercredi 28 octobre annonçant le second confinement : « Personne ne l’a vu venir. » Sauf ceux qui l’ont vu et l’ont dit, dès fin août début septembre. Si en plus du reste il choisit mal ses conseillers, à qui la faute ?

Confiner la France une fois s’était révélé la solution du pauvre. Se mettre en position de devoir la confiner une seconde fois, c’est la solution du con. Des cons. De ces (Ma)c(r)ons qui nous « gouvernent« .

Jamais deux sans trois ?

Reste que pour l’heure, Macron a raté les gilets jaunes. Il a raté la première vague. Il a raté la seconde. Trois échecs. Sans parler de l’économie du pays censément le cheval de bataille emmarchiste – imaginez une seconde des retraites plafonnées à 14% d’un PIB (comme l’évoquait le gouvernement dans son projet de loi) chutant de l’ordre de 10%. Beaucoup de ratés pour un seul homme, mais ça va, le CAC40 s’en sort.


[1] https://twitter.com/anatolium/status/1378372564020568065

[2] https://publications.banque-france.fr/baisse-du-pib-2020-dans-le-monde-lincidence-relative-des-restrictions-sanitaires-de-la-reactivite

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