Agenda et commanditaires

27 novembre 2020

Une hypothèse alternative à l’impéritie du président de la République et de la ligne défendue par son gouvernement et ses collaborateurs dans la gestion de la crise sanitaire existe. On pourrait la qualifier de complot, ou moins caricaturalement de stratégie du choc, car nous ne pensons pas que tout ceci ait été planifié en amont : leur amateurisme est trop patent. Pour le reste, les lignes directrices néolibérales existent depuis plusieurs décennies déjà, elles n’ont rien de nouveau ni de « disruptif« . Nous pouvons néanmoins reconnaître à Macron deux constantes : la destruction du modèle de protection sociale (chômage, retraite) d’une part, celle de la relation salariale d’autre part avec l’inversion de la hiérarchie des normes. Le reste, de type obsession de xénophobie intérieure, migratoire ou sécuritaire, peut s’envoler, peu lui chaut[1].

Dans l’optique de la stratégie du choc, on pourrait concevoir que le pouvoir en place et ses alliés veuillent profiter de l’aubaine offerte par la crise sanitaire pour pousser leurs pions dans un sens ou à une vitesse à laquelle une situation normale ne leur aurait pas permis de le faire. Dans cette optique, ils souhaiteraient étendre le contrôle de la population, éteindre ou rendre très difficile toute contestation, et ainsi conserver aussi longtemps que possible le pouvoir pour imposer leur vision de l’économie et de la société.

Dans ce cas, Macron déroulerait désormais un agenda à géométrie variable. Comme nous savons désormais que la plupart des mesures relatives à la crise Covid ont été dictées par des officines de communication adeptes du « nudge« , c’est-à-dire la manipulation des populations, et non par des raisons médicales ou scientifiques, il n’y a qu’un pas pour envisager l’extension de ces méthodes dans un objectif plus vaste.

Il aurait alors pu reconfiner la France entière fin octobre volontairement au lieu d’anticiper en prenant des mesures ciblées dans les premières zones épidémiques dès la fin de l’été. On pourrait mettre derrière cela des échéances législatives, à l’Assemblée nationale, propices à la contestation. Contestation qu’il aurait espéré juguler en contrôlant les va-et-vient à coups d’attestations, de distanciation, avant d’en venir à la matraque et au LBD. On pourrait aussi y mettre l’idée de contrôler les échéances électorales à coups de stop-and-go, pour contraindre ses opposants, déclarés ou à venir, tenter de gérer leur progression, et se réserver l’avantage de maîtriser le timing. Dans cette dernière hypothèse, nous verrons se mettre en place d’autres confinements ou assimilés, pour aller selon ses besoins vers un potentiel déplacement d’élections. À suivre donc.

Aussi pour ses commanditaires, l’important n’était peut-être pas qu’ils ratent les gilets jaunes mais les répriment, qu’il rate la première vague mais nous confine, qu’il rate aussi la seconde mais la laisse venir pour nous enfermer encore. Ainsi, en ratant, il n’aura pas raté. Du reste, il n’aura pas échoué, au pire ça n’aura simplement pas marché… Il ne serait pas forcément mauvais, ou pas seulement, mais aussi opportuniste et roué. Et certains, ceux à qui il rend des comptes, s’en satisferont puisque l’AFEP se goberge toujours.


[1] Bruno Amable (économiste, université de Genève).

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